Les syndicats, que le ministre du Travail Xavier Bertrand a reçu
mardi 29 avril, sur la question des retraites, ont dit leur mécontentement
face à la volonté inflexible du gouvernement d'allonger la durée
de cotisation à 41 ans et leur scepticisme quant aux mesures pour l'emploi
des seniors.
Pour Xavier Bertrand, sans les mesures gouvernementales annoncées, "le
déficit des retraites atteindra, en 2012, 11 milliards d'euros pour
la seule année 2012 (...) Si nous ne faisons rien, une retraite sur
dix ne sera pas financée".
"
Nous avons décidé de mettre les bouchées doubles sur l'emploi
des seniors", a encore affirmé le ministre, rappelant que "la
France se situe aujourd'hui très en-deçà de la moyenne
européenne" en la matière.
Le gouvernement a confirmé son intention d'augmenter progressivement à 41
ans d'ici 2012 la durée de cotisation pour une retraite à taux
plein.
Il prévoit également d'infliger à partir de 2010, année
où sera dressé "un point d'étape", une cotisation
supplémentaire aux entreprises n'ayant pas conclu d'accord sur l'emploi
des seniors avec les syndicats.
Les retraites bénéficieront d'une hausse au 1er septembre, d'un
montant non encore fixé, et la pension de réversion pour les
veufs et veuves, actuellement de 54% de la retraite du conjoint disparu, augmentera
jusqu'à 60% début 2011.
"aucun point positif"
Selon Bernard Thibault (CGT), "il n'y a aucun point positif du point
de vue des salariés" dans le projet du gouvernement. "C'est
gravissime", a-t-il ajouté.
Bernard Thibault a appelé à des "mobilisations d'ampleur".
Les dirigeants syndicaux doivent se réunir mardi soir pour "envisager
une autre mobilisation qui prolonge le 1er mai avant la fin du mois",
a-t-il indiqué.
François Chérèque (CFDT) a souligné que le projet
ne comprenait que "quelques petites mesures qui ne sont pas au niveau
de l'enjeu", malgré "une bonne nouvelle: le maintien des carrières
longues" c'est-à-dire le dispositif permettant à des salariés
ayant commencé à travailler très jeunes de partir avant
60 ans.
"
La copie est à revoir au minimum sur la date du déclenchement
des 41 ans de cotisation et largement à compléter sur tous les
autres points", a-t-il dit.
Jean-Claude Mailly (FO) a appelé à manifester le 15 mai, date
d'une mobilisation des lycéens et fonctionnaires. La proposition a été refusée
par François Chérèque qui "ne veut pas utiliser les
lycéens", sans exclure une mobilisation un autre jour.
Satisfaction du Medef
Jean-Claude Mailly a jugé qu'"il y avait d'autres pistes de financement
possibles", comme une taxation de "l'intéressement, la participation,
les stocks-options (...) ou une augmentation de l'impôt sur les bénéfices
pour les dividendes distribués aux actionnaires".
Jacques Voisin (CFTC), selon qui le gouvernement n'a "pas fait le tour" des
solutions, et qui s'est dit favorable à une action unitaire, comme le
propose FO, partage ce constat.
Bernard Van Craeynest (CFE-CGC), sans appeler à la mobilisation, a jugé "qu'augmenter
de manière arbitraire la durée de cotisation à 41 ans
ne ciblait les efforts que sur les salariés", sans donner de "garanties" sur
l'emploi des seniors.
Seuls 38,1% des 55-64 ans travaillaient en France en 2006, contre 43,5% dans
l'ensemble de l'Union européenne.
Le patronat, selon Jean-René Buisson (Medef), fera "ce qu'il faut
pour inciter nos entreprises à ne pas faire partir trop tôt les
gens à la retraite".
Le Medef a félicité le passage à 41 ans, qui constituait "un
minimum". La CGPME a jugé le texte "globalement bien équilibré".
L'UPA (artisanat) a dit ne pas avoir "de désaccord particulier" avec
le projet.