Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes
« Ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas commencé par
le rêve» Shakespeare
Par UTOPIA
1. Introduction : Poser la question du sens et de l’idéal
Faire de la « bonne » politique c’est d’abord avoir
une vision précise de la société vers laquelle on veut
aller. Combattre efficacement la révolution conservatrice en cours alliant
ultralibéralisme économique et pratique autoritaire du pouvoir
nécessite de concevoir une nouvelle pensée et un projet à la
hauteur de cet enjeu.
La politique aujourd’hui se résume au mieux à un art des
moyens qui oublie sa finalité, au pire à une simple conquête
ou conservation du pouvoir.
Nous devons reprendre le combat des objectifs et des idées pour proposer
une alternative ambitieuse mais crédible au modèle néolibéral
qui domine actuellement la scène mondiale. Construire un projet de société,
c’est définir et organiser les conditions de vie qui permettront à chacun
de s’épanouir. Force est de constater que sur ces points nous
nous situons souvent aux antipodes des idées reçues.
Pour construire, il faut préalablement déconstruire et pour cela
identifier les aliénations que nous devons combattre. Pour Utopia, les
trois premières aliénations des sociétés développées
sont le dogme de la croissance comme solution aux maux économiques,
le dogme de la consommation comme seul critère d’épanouissement
individuel, la centralité de la valeur travail comme seule organisation
de la vie sociale. Le combat contre ces trois aliénations est indispensable
pour construire le cadre de la société dans laquelle nous voulons
vivre et les modalités d’un véritable alterdéveloppement.
Notre alterdéveloppement doit permettre à chacun d’intégrer
la société, d’être autonome en disposant non seulement
de moyens financiers d’existence, mais aussi des outils lui permettant
d’exercer un jugement éclairé, de participer à des
choix communs. Etre un citoyen actif, ce n’est pas seulement produire
et consommer, c’est aussi apprendre à vivre ensemble, comprendre
les enjeux de notre société et participer à la vie politique.
A travers notre approche de l’écologie, notre vision altermondialiste
et notre conception élargie des droits fondamentaux, nous proposons
les moyens de reconstruire un nouveau modèle de société.
Nous revendiquons cette utopie qui considère que la réflexion
alliée à l’imagination, que les principes de fraternité combinés à la
volonté farouche de s’attaquer aux causes du dérèglement
social et écologique, arriveront à fédérer un mouvement
fort, solidaire, capable de proposer une véritable alternative au capitalisme.
Nous n’avons pas la prétention d’apporter systématiquement
du neuf sur le « marché » de la culture politique, mais
de resituer nos propositions dans une perspective globale. Notre originalité consiste
aussi à porter ces analyses et propositions au sein des mouvements et
partis de gauche, des objecteurs de croissance au parti socialiste, en passant
par les verts, les altermondialistes, les antilibéraux et les alternatifs.
UTOPIA appelle à l’émergence d’une gauche d’avant-garde
fondée sur une identité écologiste, altermondialiste et
anti productiviste, capable de transformer la société, de porter
de nouveaux idéaux et de les réaliser.
2. L’alterdéveloppement : Notre réponse aux impasses de
la croissance, de la société de consommation et de la centralité de
la valeur travail
2.1. Capitalisme, démocratie et alterdéveloppement
« Notre
modèle de production et de consommation a été conçu
pour étendre la domination du capital aux besoins, désirs,
pensées, pour nous faire acheter et consommer ce qu’il est
dans l’intérêt du capitalisme de produire. Les producteurs/consommateurs
sont mis au service du capital et non l’inverse. Le lien entre
la création de richesse et la création de valeurs est rompu.
N’est reconnu comme richesse que ce qui peut s’exprimer en
argent. Les services collectifs seraient donc à abolir dans la
mesure où ils freinent et empêchent la croissance de la
consommation individuelle » (André Gorz).
Nous devons faire le constat que la Gauche en France a renoncé à prendre
position vis à vis du capitalisme. En général, elle utilise
le terme dans ses discours et ses programmes sans vraiment lui donner un sens
en parlant indifféremment de capitalisme ou de sphère marchande,
en lui affublant des adjectifs choisis (capitalisme financier, capitalisme
libéral…) comme si le terme en soit n’était pas suffisamment
signifiant.
Cela traduit une posture beaucoup plus profonde qu’une simple prise de
position sémantique. Force est de constater que la Gauche ne se pose
plus la question de la pertinence du système qui régule aujourd’hui
l’ensemble des rapports sociaux. Ce faisant, elle se condamne à ne
proposer que des ajustements « à la marge ». Or selon nous,
la légitimité à construire un projet politique à Gauche
porteur de sens, porté par un idéal fort, ne peut s’ancrer
que dans une remise en cause du système capitalisme. En effet, le piège
du capitalisme est de se présenter comme un « système économique » alors
qu’il est beaucoup plus que cela. C’est un système politique,
un système économique, un système social qui régit
la quasi totalité des différentes sphères de la vie des
individus.
Il est donc urgent de mener une première bataille politique : il s’agit
d’une bataille culturelle qui différencie notamment capitalisme
et sphère marchande. L’un est un système global qui gouverne
l’économie et la société, l’autre est un espace
pouvant servir à réguler une partie de la production de biens
et services. L’un n’implique pas forcément l’autre.
Notre projet implique une remise en cause du système capitaliste
Si
la sphère marchande n’est pas condamnable en soi, notre
projet remet nécessairement en cause le capitalisme car celui-ci
combine 2 caractéristiques qui en font, selon nous, un système
incompatible avec notre alterdéveloppement :
La rentabilité du capital comme unique objectif. Le capitalisme organise
l’ensemble des facteurs de production (humains et matériels) en
fonction de son objectif premier. Dans ce modèle, la prise en compte
des dimensions environnementales, sociales ou éthiques résulte
soit de l’instinct de conservation du système, soit d’un
positionnement stratégique ou marketing.
Si la compréhension et la dénonciation des différentes
formes de capitalisme (financiers, libéral…) nous permet d’adapter
nos modes d’actions, nous estimons que ces différentes formes
ne recouvrent en somme que plusieurs faces d’un seul et même modèle.
Il n’existe pas de « bon » capitalisme.
Le caractère englobant ou systémique du capitalisme. Une des
grandes forces du capitalisme est de se faire passer comme un outil « technique ».
On tente aussi de nous faire croire que cet outil ne serait ni « bon » ni « mauvais » en
soit, mais simplement un mode de régulation des échanges permettant
d’ajuster l’offre à la demande… Cet artefact, profondément
intégré par la société toute entière, constitue
le principal levier de légitimation du système. Or, le capitalisme
est englobant, et englobant par nature, à la fois pour l’individu
mais également pour la société.
En transformant les désirs en besoins, en érigeant en valeur
le travail et le mérite, en posant l’échelle économique
et sociale comme la hiérarchie naturelle des rapports humains, il dépasse
largement le champ « économique » pour régir sans
le dire la quasi totalité des rapports sociaux. Le capitalisme revêt
un caractère totalitaire dans la production du monde, c’est à dire
dans la production des liens qui fondent la vie en société et
l’histoire commune. Il enferme l’imaginaire et borne les possibilités
pour l’homme d’envisager un nouveau rapport au monde.
Le stade actuel du capitalisme aggrave encore ces caractéristiques :
l’ouverture des marchés (de biens, de services, de capitaux) privent
les nations de leur faculté de déterminer librement les politiques économiques,
fiscales, de redistribution, environnementales…Par ailleurs, le dogme
de la concurrence pure et parfaite implique la régression des secteurs
publics et des politiques sociales.
Plus que jamais, le capitalisme accentue aujourd’hui le primat de l’économique
sur le politique.
Notre projet est incompatible avec une appropriation publique et centralisée de tous les moyens de production
Si
nous rejetons le système capitaliste, nous rejetons tout autant
la tentation d’une appropriation publique et centralisée
de tous les moyens de production censée assurer un équilibre
social, environnemental durable et équitable pour tous. Même
si l’histoire n’avait pas tranché sur cette option,
nous pensons que notre projet est également incompatible avec
ce système pour 3 raisons.
D’abord, il est illusoire de penser que l’appropriation publique
de tous les biens de production favorise un quelconque épanouissement
de l’homme au travail. Le caractère aliénant est intrinsèquement
lié au travail, même si les avantages sociaux permettent bien
entendu de desserrer la contrainte. Nous pensons que le travail n’a pas
de lien direct avec la réalisation de soi.
Ensuite, une organisation centralisée et planifiée de l’ensemble
de toutes les productions serait liberticide et conduirait nécessairement à une
impasse : organiser la production signifie encadrer l’expression, la
créativité… Elle impliquerait de contrôler tous les
citoyens et leurs activités en fonction des objectifs qu’elle
s’est assignée.
Enfin, planifier toutes les productions implique de prévoir les consommations
humaines et les répartir ce qui aboutit nécessairement à figer
la société ou à l’orienter de façon arbitraire.
Nous proposons un dépassement du système capitaliste
Au
terme d’un processus démocratique, nous redessinerons tout
d’abord les contours du domaine public, de la sphère marchande
régulée, de l’économie sociale et solidaire.
Pour chacun de ces secteurs, nous redéfinirons les règles
du contrôle politique et citoyen et nous agirons pour la reconnaissance
et l’extension des biens communs et des biens de connaissance.
Nous élargirons donc considérablement le domaine public en proposant
une réappropriation publique (via l’Etat, les collectivités
locales et d’autres acteurs public) des secteurs touchant aux besoins
fondamentaux.
Nous limiterons le champ de la sphère marchande tout en l’encadrant
par des normes sociales, environnementales. Si la rationalité des principaux
acteurs et notamment l’espérance d’une rentabilité du
capital pour l’entreprise s’exercera toujours dans cette sphère,
elle sera limitée, encadrée. Chaque fois que cela est possible,
nous inciterons les entreprises à produire de façon localisée
leurs différentes productions.
Nous favoriserons l’appropriation collective, démocratique, relocalisée
et décentralisée des moyens de production via notamment une socialisation
de l’investissement. Cette appropriation permettra notamment un développement
de l’économie sociale et solidaire et une réduction progressive
du rôle aujourd’hui central des marchés financiers.
Notre alterdéveloppement appelle bien une rupture culturelle qui affiche
clairement le primat du politique sur l’économique et la mise
en place d’un système humaniste gouvernés par et pour les
citoyens.
2.2. Notre alterdéveloppement
Le
dépassement du système capitaliste implique la mise en œuvre
d’un nouveau projet politique. Cet autre projet, notre alterdéveloppement,
nécessite d’abord une rupture culturelle indispensable à la
remise en cause des dogmes de la croissance, de la consommation et de
la valeur travail afin de créer un nouvel imaginaire. Un nouvel
imaginaire politique pour débattre et construire ensemble une
politique citoyenne qui met en avant la gratuité, l’accès
inconditionnel aux droits, un nouveau rapport au temps, une démarche
altermondialiste et écologiste. A droite bien entendu, mais aussi à gauche,
l’écrasante majorité des acteurs politiques ne remet
plus en cause ces dogmes, seule manière, selon eux, de combattre
le chômage et de réduire les inégalités. C’est
donc bien le système de développement actuel et sa logique
qu’il convient de rejeter.
L’alterdéveloppement est un développement radicalement
différent de celui d’aujourd’hui, un développement
pluriel de nos sociétés. Radical ne veut pas dire extrémiste,
donc potentiellement tyrannique. Ce qualificatif doit être compris dans
son sens étymologique : ce qui va à la racine des choses.
Pour Utopia, cette réflexion passe par un premier objectif, essentiel
et préalable : celui de dessiner le projet de société que
nous envisageons, un projet de société fort et mobilisateur et
ainsi de poser la question du sens. Nous refusons que l’argent soit la
mesure de toute richesse et la source de tout sens. Nous voulons proposer des
valeurs qui déclassent véritablement le matérialisme rampant
: nous devons imaginer une société où il existe un infléchissement
de cette course à la consommation matérielle, où l'on
renonce à cet imaginaire économique, où l'on cesse de
croire que "plus" égale "mieux" et où l'on
redécouvre une consommation plus proche de nos besoins réels.
Nous devons changer radicalement de modèle si nous voulons éviter
le grand désordre mondial et le désastre écologique annoncés.
Ce changement passe par la prise de conscience citoyenne et collective, la
volonté des politiques et des mesures d’application volontaristes
et équitables.
Nous pensons que la politique relève aussi de nos actes quotidiens pour
incarner nos idées et nous nous engageons autour d’un nouveau
pacte social nécessaire pour changer notre société, individuellement
et collectivement.
Comme Dominique Méda, nous affirmons que « L’ambition de
notre société n’est pas le développement économique
ou l’accumulation de biens, mais le développement de l’ensemble
de la société. Un développement collectif et durable,
qui s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie
et de la mise à disposition pour tous des ressources matérielles
et immatérielles nécessaires pour permettre à chacun de
vivre pleinement son humanité et sa citoyenneté active. La répartition
des biens, des revenus, l’accroissement du niveau d’éducation
et de santé de l’ensemble de la population, la capacité à maîtriser
la violence, l’accès et la qualité des services publics,
la vitalité de la vie sociale et démocratique, le degré d’égalité entre
hommes et femmes, le respect de l’environnement, la maîtrise par
les individus de leur temps, la qualité de vie, l’accès à la
Culture, la sécurité économique... sont autant d’indicateurs
qui permettent de mesurer la véritable richesse d’un pays ».
Mais vouloir imposer par le haut une vision et les actions qui en découlent
serait réinventer un nouveau totalitarisme. Ce projet de développement
universel, l’alterdéveloppement, doit permettre à chacun
de faire pleinement partie de la société, d’être
autonome en disposant non seulement de moyens financiers, mais aussi des outils
lui permettant d’exercer un jugement, de participer à des choix
communs. Etre un citoyen actif, ce n’est pas seulement produire et consommer,
c’est aussi participer à la décision politique et comprendre
les enjeux de notre société. « Le rôle de citoyen
doit primer sur celui de travailleur et de consommateur » (Dominique
Méda).
Or le système économique actuel est fondé sur la logique « création
de besoin / consommation / production / travail » et représente
une inacceptable marchandisation de l’homme. Au contraire, la diversité des
activités humaines - amicales, familiales, amoureuses, artistiques,
culturelles, politiques - est une source d’enrichissement individuel
et social. Elles sont nécessaires et essentielles à l’épanouissement
de chacun, l’espace occupé par le travail est tel qu’il
déprécie et réduit considérablement leur place.
Le développement de la préoccupation purement économique
est allé de pair avec la dépolitisation de la grande masse de
la population. La grande majorité des citoyens laissent à une
classe spécialisée le soin de gérer les affaires publiques,
comme si celles ci n’avaient pas pour objet d’être vraiment
publiques et donc l’affaire de tous.
Remettre en cause le modèle de société actuel, c’est
construire une société répondant à la devise républicaine
de liberté, d’égalité et de fraternité… et
placer cette dernière au cœur de notre projet car c’est elle
qui peut donner un sens et une assise plus solide au vivre ensemble démocratique.
Si le socle de la République est bien la liberté et l’égalité,
la fraternité en est la perspective. Cette fraternité dépasse
la notion de solidarité qui, elle, a pour message de compenser des inégalités,
des injustices, sans nécessairement remettre en cause le cadre économique,
politique, libéral productiviste qui produit ces inégalités.
La solidarité compose avec les hiérarchies et les injustices.
La fraternité va plus loin. Nous souhaitons en faire la preuve par l’expérience
en l’intégrant totalement à notre réflexion. Cette
réflexion nous ramène dans l’espace de la cité,
au « vivre ensemble » individuel et collectif. La perspective d’une
société fraternelle en appelle assurément à une économie
du don, de l’échange et de la réciprocité.
3. Contre trois aliénations fondamentales
3.1. La « religion » de la croissance
« L’industrialisme
et la religion de la croissance sont inhérents au capitalisme.
On ne peut pas avoir un capitalisme sans croissance. Si on doit changer
nos modes de consommation, il faut aussi changer nos modes de production,
donc l’organisation sociale » (André Gorz).
Aujourd’hui, les différentes organisations politiques et associations
qui militent pour une remise en cause de la croissance abordent essentiellement
cette problématique sous l’angle écologique en prenant
en compte les limites physiques de la planète. Ces limites nous appellent à la
sobriété. C’est important, mais ce n’est qu’un
des aspects.
La croissance ne peut pas avoir vocation à réduire la pauvreté,
ni à renforcer la cohésion sociale. Un même taux de croissance
peut correspondre à un accroissement ou à une réduction
des inégalités. Et une croissance illimitée dans un monde
fini est une illusion : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle
peut continuer infiniment dans un monde fini est un fou… ou un économiste » (Kenneth
E. Boulding). Il nous semble tout aussi dogmatique et inefficace de se déclarer
pour une décroissance qui pourrait à son tour être synonyme
de « moins bien être » social. Comme certains objecteurs
de croissance, « Nous sommes convaincus qu’il faut dépasser
la contradiction croissance/décroissance car elle nous entraîne
dans l’immobilisme » (Paul Ariès). Nous ne proposons pas
de croissance négative mais plutôt l'abandon de l'objectif insensé de
la croissance pour la croissance, de la consommation pour la consommation.
La croissance, ou son image inversée, la décroissance, ne peut
pas plus être un objectif en soi. Les vraies questions sont : croissance
de quoi, pourquoi et pour qui ? Décroissance de quoi, pourquoi et pour
qui ? En fonction de quels objectifs, au service de quel idéal de société ?
Nous voulons sortir de la polémique stérile croissance / décroissance.
Ces termes sont perçus comme exclusivement économiques. Or, on
confond trop souvent croissance économique, progrès et développement
humain. En effet le PIB et sa progression n’ont pas de sens pour mesurer
le bien être d’une société. Rappelons qu’une
catastrophe naturelle peut augmenter fortement le PIB et donc la croissance.
Il ne prend pas non plus en compte les incidences négatives et l’impact
humain, social et psychologique en dehors du coût financier que d’éventuelles
réparations pourraient engendrer.
La croissance économique n’empêche pas la montée des inégalités
« Il
n’est pas plus facile de réduire les inégalités
quand il y a de la croissance. L’histoire de ces 25 dernières
années le prouve, avec dans presque tous les pays riches une progression
de la richesse économique et des inégalités » (Jean
Gadrey).
En 1960, l’écart de revenu entre les 20% les plus riches et les
20% les plus pauvres de la planète étaient de 1 à 30.
Il est en 2007 de 1 à 80. Les 500 personnes les plus riches possèdent
l'équivalent du revenu des 500 millions les plus pauvres. Un « très
riche » gagne donc autant qu’un million de ses semblables.
Soixante-dix pour cent du commerce mondial est sous le contrôle de 500
entreprises. Ford et General Motors ont des ventes supérieures au PIB
de l’Afrique Sub-Saharienne. Microsoft affiche 37 milliards de dollars
de bénéfices en 2005 alors que l’ONU estime qu’avec
seulement 20 milliards de dollars par an la sous-alimentation pourrait être éradiquée,
qu’avec 15 milliards on pourrait fournir de l’eau potable partout
dans le monde et qu’avec 12 milliards il serait possible de garantir
une éducation de base.
Mais l’on préfère dépenser 1 100 milliards de dollars
par an pour l’armement. Doit-on accepter et se résigner devant
un tel modèle de gouvernance mondiale ? Doit-on réciter la liturgie
néolibérale répétant « il n’y a pas
d’alternative » ?
Aux Etats-Unis, entre 1959 et 1995, le PIB a augmenté de 240%, mais
pendant cette période l’indicateur de santé sociale, regroupant
neuf indicateurs sociaux, a baissé de 40%. 23% des américains
vivent en dessous du seuil de pauvreté (22% en Angleterre) et 1% de
la population est incarcérée (chiffre multiplié par 4
en 25 ans). « Les USA sont en train de devenir un pays riche aux populations
pauvres… Le pouvoir d’achat du salaire minimum est aujourd’hui
inférieur de 35% de ce qu’il était il y a 30 ans » (Joseph
E. Stiglitz).
Cette concentration spectaculaire des inégalités résulte
d’un système structurellement injuste mais aussi de pratiques
conjoncturelles indignes : rétributions pharaoniques et parachutes dorés
des grands patrons, primes des cadres de banques financières. Comme
le reconnaît Sicco Mansholt, Président de la Commission Européenne
en 1972, « La croissance n’est qu’un objectif politique immédiat
servant les intérêts des minorités dominantes ».
En France, le nombre de bénéficiaires du RMI a doublé en
dix ans et 10% de la population survit grâce aux minima sociaux. Plus
de 7 millions de salariés perçoivent un salaire inférieur à 722 € et
se trouvent donc dans l’incapacité de se nourrir et se loger décemment,
de même que leur famille. Un tiers des SDF à Paris travaillent
et la moitié des Français pense qu’ils pourraient perdre
leur logis (Emmaüs, enquête 2006). Alors qu’entre 1980 et
2002 le PIB augmentait de 156%, le chômage passait de 6,2 à 9,5%.
Un patron du CAC 40, dont le salaire annuel a triplé depuis 1998, touche
en moyenne en un jour ce qu’un ouvrier gagne en un an. De même,
en 2006, 36 milliards de dollars ont été distribués en
primes de fin d’année dans les cinq principales firmes financières
américaines. Bonus obtenus sur le dos des salariés des entreprises
rachetées ou restructurées et des Etats qui versent les indemnités
de chômage. La logique de privatisation des profits et de socialisation
des pertes tient lieu de gouvernance pour le néo-libéralisme.
Plus encore depuis le début des années 80, les plus riches, grâce à leur
patrimoine dont la valeur explose sont donc « condamnés » à l’être
davantage, au détriment de tous les autres, classes moyennes comprises.
Voilà les modèles économiques que certains ont l’indécence
de continuer à encenser.
Le système capitaliste, et la croissance économique qui en est
issue, sont par essence créateur d'inégalités et destructeurs
de cohésion sociale. Ils n’ont été capables ni de
réduire la pauvreté ni de renforcer la cohésion sociale.
Nous refusons ce monde où la seule alternative serait de remplacer la
misère par la pauvreté. Nous refusons de nous résigner à une
société où tout se vend, tout se monnaye, tout se « mérite »,
même les droits les plus élémentaires de l’être
humain.
Et les choses empirent. D’une part, le capitalisme entrepreneurial -
dont la logique échappait déjà à toute forme de
contrôle politique - a cédé la place à un capitalisme
financier, pour qui la rentabilité maximum du capital à court
terme est l’unique objectif, au détriment du travail et des salariés,
voire de la pérennité même des entreprises. D’autre
part, la concentration croissante des entreprises conduit à la constitution
d’un petit nombre de « world companies » solidaires et complices
dictant leurs lois au marché et même à certains gouvernements.
La remise en cause de l’idéologie productiviste et de son double,
la soumission au marché, qui par définition ignore l’intérêt
collectif, devient urgente. Cela signifiera changer radicalement notre modèle
social si on ne veut pas que les révoltes et les violences, accompagnées
des inévitables réponses répressives et liberticides,
tiennent lieu de programme politique.
Une croissance infinie dans un monde fini : une équation impossible
« Vous
ne pouvez pas vouloir la réduction des flux de marchandises sans
vouloir une économie radicalement différente, une économie
dont le but premier n’est pas de faire de l’argent et dans
laquelle la richesse ne s’exprime ni ne se mesure en termes monétaires…L’écologie
politique est une discipline foncièrement anticapitaliste et subversive » (André Gorz).
L’utopie capitaliste de la croissance matérielle illimitée
nous mène droit dans le mur et la droite est irrémédiablement
vouée à soutenir ce capitalisme destructeur. Une croissance illimitée
dans un monde fini est une illusion. Aberration : la science économique
ignore les données écologiques dans son raisonnement et se déconnecte
de la réalité de la biosphère. Chacun sait que les ressources
naturelles de la planète sont insuffisantes pour permettre à l’humanité de
partager un mode de vie à l’européenne et a fortiori Nord
Américain. 20% des humains consomment 80% des ressources de la planète.
1,2 planètes seraient nécessaire pour continuer à exploiter
les ressources naturelles mondiales au rythme actuel. Avec une croissance mondiale
de simplement 3% par an il en faudrait plus de 8 en 2100.
Le PIB à l’échelle internationale a été multiplié par
sept en 50 ans. En un siècle la population du globe a été multipliée
par quatre et la consommation d’énergie par dix, pour 20 fois
plus de richesses produites et 50 fois plus de biens industriels. Si chaque
habitant du globe devait consommer autant que ceux des pays développés
il faudrait en 2050 produire huit fois plus d’énergie. Nous savons
que ce n’est pas possible. Mais « nous ne voulons pas croire ce
que nous savons » (Jean Pierre Dupuy).
Un système économique qui détruit l’environnement
s’autodétruit. Même en Chine, considérée actuellement
par beaucoup comme l’un des principaux bénéficiaires de
la mondialisation, (l’ultralibéralisme économique peut
faire bon ménage avec le totalitarisme politique) si on ajoutait les
coûts cachés liés aux réductions des ressources
naturelles et à la pollution, la croissance du PIB chinois serait diminuée
entre 1985 et 2000 de 3 à 5 points. Mais ce sont en Chine comme ailleurs
les générations futures qui paieront la note.
Un modèle économique qui détruit la planète et affame l’humanité
Pour
le climat, le constat est maintenant sans appel : l'homme dérégule
de façon irréversible le climat de la planète dans
laquelle il vit en acceptant quasiment sereinement les conséquences
dramatiques qu'il a lui-même calculées. La corrélation
entre le réchauffement climatique lié à l’effet
de serre et l’activité humaine n’est plus mise en
doute. D’ores et déjà les réfugiés
climatiques sont plus nombreux que ceux des guerres. 13 millions d’hectares
de forêts, qui sont des puits à CO2, sont défrichées
chaque année. Avec la montée de la désertification,
2 milliards d’habitants souffriront de pénurie d’eau
en 2025.
Lutter contre le réchauffement climatique devrait coûter aujourd’hui
1% du PIB mondial par an, mais si on ne fait rien ou peu, cela coûtera
20% en 2050, soit 5500 milliards de dollars (Rapport Nicholas Stern).
Le colonialisme, la révolution agricole de l’après guerre,
la mondialisation des échanges, puis la recherche d’énergies
alternatives ont totalement modifié la production agricole et ont abouti à la
catastrophe prévisible que révèle aujourd’hui l’actuelle
crise alimentaire.
La destruction de l’agriculture vivrière des pays du sud s’est
faite aussi bien au profit des productions destinées à l’exportation
vers les pays du nord qu’à celui des producteurs du nord aidés
pour écouler leurs excédant vers des pays privés ainsi
des moyens d’autosuffisance alimentaire.
Le modèle productiviste agricole a été soutenu notamment
par l’industrie de l’agro-fourniture et par des choix de politiques
publiques privilégiant des orientations productivistes au détriment
de l’environnement. Ce modèle conduit aujourd’hui à une
destruction du sol (espace vivant), à une mise sous tutelle des producteurs
au profit des géants de l’agrochimie détenteurs de brevets,
et à une destruction de la biodiversité, notamment des ressources
agricoles condamnant de fait les alternatives naturelles aux modifications
climatiques.
Enfin, les options énergétiques qui ont conduit au transfert
d’usage des terres agricoles ou forestières au profit de la production
d’agro-carburants ont favorisé la spéculation et aggravé la
situation alimentaire et environnementale.
La
décroissance, un constat juste, une impasse politique ?
En France René Dumont, lors de la présidentielle de 1974, alerte
l’opinion sur les limites des ressources naturelles. Ayant eu raison
trop tôt, il recueille moins de 2% des suffrages. La décroissance
est donc une idée encore neuve au niveau du grand public, mais qui ne
va pas tarder à se propager en raison de la crise écologique
et sociale.
Le terme de décroissance, « mot obus » selon Paul Ariès,
sert à interpeller afin de mettre en évidence l’absurdité de
l’économisme. Les partisans de ce mouvement souhaitent que la
décroissance matérielle soit accompagnée d’une croissance
relationnelle, conviviale et spirituelle. Et cela n’a rien à voir
avec le retour à la bougie, comme les caricaturent trop souvent les
partisans aveugles de la croissance.
Si vous parlez aujourd’hui de décroissance, il y a de fortes chances
pour que la plupart des responsables politiques, des entrepreneurs ou des syndicalistes
vous considèrent comme un doux rêveur doublé d’un
privilégié. Dans un pays qui compte 7 millions de chômeurs
ou précaires, il est normal que ce vocable passe mal. « Une idéologie
de gosses de riches », titrait Le Monde. Les théoriciens du mouvement
ont eux-mêmes conscience de cette difficulté, reconnaissant que
cette pensée engendrait le meilleur mais parfois aussi le pire. Il ne
faut pas que la tentation mimétique entraîne les militants de
la décroissance vers la logique néfaste d’une nouvelle
idéologie « décroissantiste ». D’où l’auto-dénomination
d’objecteurs de croissance. « Le terme de décroissance sera
aussi dépassé lorsqu’il aura fait son travail de cri d’alarme» soutient
Paul Ariès.
Pour nous l’idéologie de la décroissance ne serait pas
plus pertinente que l’idéologie de la croissance. Selon Serge
Latouche, il serait plus opportun de parler d’a-croissance comme l’on
parle d’a-théisme pour refuser le culte actuellement dominant
de la croissance présenté comme la seule religion mondiale économiquement
possible. Nous le rejoignons tout en préférant le terme d’alterdéveloppement.
Cela signifie concrètement qu’il faut définir, en fonction
de notre idéal de société, les secteurs qui devront croitre
mais aussi ceux qui devront décroitre afin de construire une politique
mettant le bien-être humain des générations actuelles et
futures au 1er rang des objectifs. Cela signifie également qu’il
faut déconstruire les trois piliers qui supportent la croissance et
qui constituent de véritables « pousse au crime » (Serge
Latouche) :
la publicité qui fait du citoyen un consommateur en état d’insatisfaction
et de frustration permanent
l’obsolescence des produits qui nécessite consommation et exploitation
abusive des ressources
l’essor du crédit à la consommation dans la cadre d’un
système économique reposant sur l’accroissement du besoin
tout en précarisant et dominant le consommateur
3.2. La consommation, nouvel opium du peuple
Notre
alterdéveloppement implique une réflexion sur un partage
de biens relationnels, de services aux personnes, de service à la
réparation des biens (plutôt que de produire des biens dont
la durée de vie est de plus en plus courte), d'activités
culturelles et associatives.
La consommation doit en effet être liée à l'aspiration à une
meilleure qualité de vie, et non à une accumulation illimitée
de biens, illusoire promesse du bonheur. L'objectif est bien de la replacer
par rapport à un autre modèle de développement, plus juste,
respectueux de l'environnement, en phase avec les véritables besoins
des femmes et des hommes. En résumé : « Moins de biens,
plus de liens ».
La consommation comme révélateur de la crise identitaire
Au
delà de la réalité économique, la société souffre
aujourd’hui d’une crise identitaire, d’un profond désenchantement
du monde. Cette crise d’identité est liée à la
mise en avant de l’individu aux dépens du collectif et à la
croyance que la somme des réussites matérielles de chacun
fait le bonheur de tous.
La consommation perd sa finalité première, qui est de répondre à un
besoin : on consomme parce que les autres consomment. Parallèlement
et paradoxalement, les modèles de réussite véhiculés
par les médias et la publicité mettent toujours en avant l’exception,
la distinction, la performance. Il faut consommer pour se distinguer, pour
afficher sa différence, sa réussite. Cette instabilité oblige à « jouer » en
permanence, à être toujours en représentation, même
avec ses proches.
De fait il n’y a plus d’identité, mais un processus permanent
d’identification qui conduit à assumer une multiplicité de
rôles changeants.
Le processus d’affirmation de l’identité par la consommation
est de fait voué à l’échec : il est construit sur
un perpétuel recommencement - sorte de déclinaison moderne de
Sisyphe -, inquiétant et absurde. Ce processus conduit à un mode
d’appartenance au groupe, de distinction ou d’exclusion qui débouche,
dans tous les cas, sur une identité superficielle qui nous échappe.
L’augmentation de la production ne peut être le seul indicateur
de richesse pas plus que l’acquisition croissante de biens par chaque
individu. De la même façon que la société n’est
pas une entreprise dont la vocation est de produire toujours plus, chacun d’entre
nous n’a pas celle de consommer toujours plus. Quel serait l’objectif
réel ?
La société de consommation confond besoin et désir
La
société de consommation s’impose à tous. Dès
l’enfance, elle fixe un système de références
nous permettant de nous situer, de nous comparer, de nous valoriser.
Elle a construit un mode de socialisation à part entière,
a noyé le sens de l’acquisition et a corrompu la notion
de désir.
Les besoins humains sont à la fois individuels et sociaux, matériels
et spirituels. Le système capitaliste recourt abusivement à cette
notion de besoin qu’il présente comme une catégorie naturelle
et extensible à l’infini. La logique des besoins, naturelle à l’origine,
s’est étendue à la totalité des désirs humains,
comme si la société devait saisir tout désir et le transformer
en besoin, et organiser la production collective pour les satisfaire.
D’où les incessantes exhortations à consommer. La consommation
est devenue un acte civique. Elle peut porter sur n’importe quoi, pourvu
que cela apparaisse dans les statistiques officielles, pourvu que cela soit
visible.
L’homme n’est alors plus qu’un producteur/consommateur. Il
passe sa vie, consacre ses forces à réaliser la production qui
a pour but de satisfaire les désirs retraduits des autres. L’ensemble
de la société ne travaille plus que pour un seul but : nourrir
ce feu de la consommation.
La consommation agit comme une drogue
La
consommation est devenue le nouvel opium du peuple. Il y a une religion
du marché - et la sémantique n’est pas neutre : temples
de la consommation, grands prêtres de l’économie,
foi dans le progrès, liturgie publicitaire, credo du pouvoir d’achat
(le fondamentalisme marchand dont parle Stiglitz). L’ultralibéralisme
et le marxisme revisité à la mode soviétique ou
chinoise communient ensemble à la vision d’une humanité se
réalisant par le développement économique.
La publicité et le marketing (500 milliards de dollars par an dans le
monde, 32 milliards d’euros en France) sont là pour dire que l’épanouissement
et le bonheur ne peuvent passer que par la consommation d’objets pour
partie superflus. Pour reprendre ce que disait Lacan à propos de l’amour,
on pourrait dire que le marketing, « c’est proposer quelque chose
qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ».Dégradation
de l’être en avoir, puis de l’avoir en paraître avec
le spectacle érigé en marchandise suprême. « On connaît
le prix de tout mais la valeur de rien » (Oscar Wilde).
Aux notions freudiennes de psychose/névrose s’ajoutent les phénomènes
d’addiction/ dépression liée à la privation d’objets
devenus indispensables : addiction à la voiture puis à la télévision
pour la génération précédente, addiction à l’informatique
et à l’Internet pour les générations actuelles,
addiction aux téléphones portables et aux jeux vidéo pour
les plus jeunes. Il ne s’agit pas ici de contester l’intérêt
que peut avoir l’usage intelligent de ces produits, mais de constater
que trop souvent ce sont les utilisateurs qui sont au service de ces produits
et non l’inverse. D’où les phénomènes de dépendance
qui agissent comme de nouvelles drogues.
Il est donc aussi de la responsabilité de chacun de porter un regard
critique sur la société de consommation en interrogeant ses propres
besoins et désirs.
3.3. Le travail érigé en valeur
« Tout
se passe comme si le travail épuisait toute l’activité humaine.
Or, d’une part l’activité humaine ne se réduit
pas au travail, elle est au contraire multiple, et d’autre part,
il me semble urgent de réduire la place occupée, réellement
et symboliquement, par le travail précisément pour laisser
se développer d’autres activités très nécessaires
aussi au bien-être individuel, à la réalisation de
soi, au lien social… » (Dominique Méda).
Dans le prolongement de la réflexion de Dominique Méda, nous
pensons que nous devons remettre profondément en cause la place du travail
dans notre société. Nous contestons le discours actuel qui institue
le travail comme une valeur émancipatrice, comme un vecteur de réalisation
individuelle.
Bien entendu, cette position n’est absolument pas incompatible avec la
conviction que tout citoyen doit avoir accès au travail et que la lutte
contre le chômage doit rester une priorité. Nous sommes parfaitement
conscients que dans une société comme la nôtre qui sacralise
le travail, il est très difficile de poser sereinement les termes du
débat tant les souffrances (matérielles et sociales) liées
au chômage, rendent parfois inaudible cette réflexion.
É vacuons donc d’emblée tout malentendu afin d’éviter
toute caricature : nous pensons que le travail doit être un lien social
de qualité auquel chaque individu doit pouvoir avoir accès. Une
perspective de plein emploi doit rester essentielle, tout comme la conquête
de nouveaux droits.
Néanmoins, nous réaffirmons avec force que l’élévation
du travail au rang de valeur fondamentale est d’abord le fruit d’une
idéologie productiviste, incompatible selon nous, avec un quelconque épanouissement
de l’individu.
Le travail : activité de production au service de logiques économiques
L’élévation
du travail au rang de valeur est le fruit d’un processus historique
lié au développement du capitalisme, caractérisé par
la soumission de l’ensemble des sphères de la vie aux considérations économiques
et à l’impératif d’augmentation de la production
et de la consommation.
Le capitalisme considère le travail comme un simple facteur de production,
c’est à dire comme un coût, une variable d’ajustement
au service d’une logique implacable : la recherche de profit pour le
détenteur du capital.
Le travail est aujourd’hui le support et l’alibi de la croissance,
la source des enrichissements fabuleux dont profitent quelques uns et dont
le grand nombre, ébloui par l’illusoire attente de participer
un jour au festin, se résigne davantage qu’il ne se scandalise.
Voie obligée d’une participation aux tentations de la société d’abondance,
le travail est soumis au chantage incessant d’une obligation de compétitivité,
placé dans une situation de concurrence déréglée
avec des armes très affaiblies et des défenses émoussées.
La direction de l’entreprise, arbitre entre différents coûts
: matières premières, loyers, frais de personnels…comme
s’il y avait une équivalence entre toutes ces lignes comptables.
La « ressource humaine » est donc analysée, décortiquée,
et valorisée selon le prix du marché.
Cette valorisation n’a donc rien à voir avec la pénibilité ou
la pertinence de l’usage du bien ou service produit. Elle est directement
déterminée par un raisonnement économique qui évalue
la rareté relative du savoir-faire au sein d’un processus de production.
Cela signifie, plus abruptement, que dans un environnement concurrentiel internationalisé,
soit le salaire baisse, soit l’emploi est délocalisé. Bien évidemment,
dans une situation de chômage, le rapport de force est beaucoup plus
favorable aux employeurs et impose des baisses ou des gels de rémunération
en jouant sur les peurs. Dans ces conditions, comment peut-on imaginer que
chaque individu puisse s’épanouir dans son travail ? Comme valeur
morale, on doit pouvoir trouver mieux…Comme lien social central, on doit
pouvoir trouver plus juste et plus égalitaire.
Certes, certains prennent plaisir à travailler. Pour autant nous ne
devons pas perdre de vue que ce n’est pas le cas pour l’immense
majorité des salariés pour qui le travail reste une contrainte
physique et psychologique.
Le lien de subordination est en effet un des éléments essentiels
inhérents à la valeur « travail ». Ce lien « …existe
entre le salarié et son employeur, celui-ci se déduisant quasi
logiquement de la nature du contrat de travail. Autrement dit, à partir
du moment où l’on considère que le travail humain peut
faire l’objet d’un négoce, cet achat a pour conséquence
la libre disposition de ce qui a été acheté (…) » (Dominique
Méda).
Il est évident que, dans la relation de travail, il y a une asymétrie
totale entre celui qui postule pour un emploi afin de subvenir à ses
besoins et celui qui décide et choisit. Pour prendre en compte et compenser
très partiellement l’inégalité du lien de subordination,
le législateur a instauré, sous la pression ouvrière,
un droit du travail sans cesse remis en cause. On comprend dès lors
l’acharnement des libéraux à faire disparaître cette
protection fondamentale…
En faisant du travail une « valeur », la droite est cohérente
avec ses idéaux et avec le système qu’elle défend
qui est fondé sur l’efficacité économique, la recherche
du profit, et l’idée maîtresse que la richesse de quelques-uns
uns crée le travail des autres.
La gauche, héritière d’une tradition matérialiste,
prend aujourd’hui parfois position pour une « réhabilitation
de la valeur travail ». Comme si ce qui fonde notre pacte social et notre « vivre
ensemble » devait se réduire à une activité productive
rémunérée. Cette gauche revendique un héritage
où le sens de l'histoire de l'homme serait d'humaniser le naturel, de
le modeler, de repousser l'animalité du monde. Dans cette hypothèse,
l'homme se réaliserait totalement dans sa production . Le vrai combat
, le seul qui vaille, serait de repousser la logique de ceux qui cherchent à valoriser
le capital au détriment du travail. Il serait de valoriser les droits
et les pouvoirs du travailleur afin finalement de rendre le travail et donc
l'homme conforme à son essence. Nous ne partageons pas cette orientation.
Avant d'être perçu comme un moyen permettant d'aménager
la nature ou même d'humaniser le monde, le travail est d'abord né comme
facteur de production. Nous refusons donc de considérer l'activité de
production comme liée à l'essence de l'homme ou même au
sens de son histoire. En ce sens, comme Dominique Méda, nous considérons
que « (…) Le caractère aliénant du travail ne disparaît
pas du fait de l'appropriation collective des moyens de production. Que les
capitaux soient détenus par les travailleurs plutôt que par les
capitalistes changerait finalement peu de chose aux conditions concrètes
de travail; l'organisation sera toujours le fait quelques uns et non de tous
(…) autrement dit, l'abolition du rapport salarial ne suffit pas à rendre
le travail autonome (…) ».
Devrions-nous continuer à ériger en unique lien social, en valeur,
une activité structurellement inégalitaire ? Nous ne le pensons
pas. Le travail est et demeure aliénant, aliénant par nature,
parce qu’il résulte d’un rapport de subordination marchande
entre les individus, servant un système dont la logique est étrangère à la
notion même d’humanité.
Le travail et la valorisation du mérite
La
droite a fait du « mérite » et du « travail » le
fondement de sa réflexion politique. Et curieusement, on sent
la gauche un peu gênée sur cette question. Chacun fait d’ailleurs
comme si le mérite et le travail étaient des notions établies
dont l’acception et l’utilisation allaient de soi.
Qu’entend–on par mérite ? S’agit-il des efforts nécessaires
que chaque citoyen fait sur lui-même pour apprendre, pour contribuer à la
vie collective afin d’agir de façon éclairée dans
la cité ? Non, bien évidemment.
Quand la droite évoque le mérite, il le lie naturellement à ce
que l’on appelle « la réussite ». Le mérite
devient donc l’argument libéral et conservateur par excellence
qui se décline en général sur le thème : « en
fonction de sa volonté et de son travail, « on » réussit
plus ou moins bien sur une échelle de valeur donnée ».
Là encore, de quelle échelle parle-t-on ? De cette échelle
qui hiérarchise les individus et les valorise en fonction de leur efficacité économique,
elle même déterminée par les lois du marché ? Dans
ce monde – notre monde – le savoir-faire ou le savoir-être
d’une assistante sociale ou d’un ouvrier « vaut » 5
fois moins que celui d’un cadre supérieur.
A droite, on légitime cet ordre des choses en s’appuyant sur le « mérite »,
le mérite de droite, celui d’être né dans une famille
culturellement ou financièrement favorisée, celui de ne pas avoir
de problèmes de santé, celui d’avoir eu la chance de faire
les bonnes rencontres au bon moment. Bref, le mérite que nous mériterions
tous !
Et la gauche dans tout ça ? On lui parle « mérite »,
elle répond « lutte contre le phénomène de reproduction
sociale ». En se centrant sur la « remise en marche de l’ascenseur
social », elle ne remet plus en cause la hiérarchie sociale ni
les valeurs et les logiques qui ont conduit à les construire. Elle finit
donc implicitement par légitimer un système et ses inégalités
inhérentes en proposant des mesures, simplement correctrices, qui ne
changeront pas fondamentalement l’ordre des choses puisque l’injustice
est justement l’un des ressorts essentiels du système.
La question n’est donc pas de savoir comment corriger le système
en donnant à chacun la possibilité d’être « méritant »,
mais de savoir comment repenser l’échelle de valeur des rapports
humains.
Le travail doit revenir à sa « juste » place
Nous
pensons que l’accès de tous à un emploi de qualité n’est
pas incompatible avec une critique de la centralité de la valeur
travail, considérée comme unique vecteur de droit et de
reconnaissance. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le travail
en soi, ou de prôner sa fin. Ce n’est pas son existence mais
sa place qui est en cause.
Aujourd’hui le travail est-il à sa « juste place » parmi
les activités humaines ? La réponse est clairement non. Nous
souhaitons défendre le caractère diversifié des activités
humaines indispensables à l’équilibre humain, qu’elles
soient familiales, culturelles, associatives, politiques, amoureuses… Le
travail doit retrouver sa « juste place ».
Posons donc la question suivante sans ambiguïté : et si, en défendant
un autre idéal, une autre notion de la richesse, une autre vision du
monde, la glorification aveugle du mérite et du travail n’avait
plus de sens ? Alors il faudrait accepter de changer de système et de
promouvoir un système humaniste où la logique dominante n’est
plus marchande, où l’essentiel n’est pas « économiquement
mesurable ». Une société où la richesse se définit
différemment.
Parce que le travail et les hiérarchies sociales ne doivent pas être
le fruit de décisions économiques, nous proposons de prolonger
et d’approfondir de manière significative la réduction
du temps de travail. Nous proposons d’accorder un vrai statut aux activités
non productives (associatives, politiques, humanitaires…). Nous souhaitons également
promouvoir une gestion du temps, tout au long de la vie, qui permettrait à chacun
d’interrompre son activité productive pour se consacrer à des
projets personnels et collectifs.
Par ailleurs, nous refusons de reconnaître comme idéal de société ce
que certains appellent la « société du travail » en
l’opposant à l’« assistanat », ce qui finit
de laisser penser que si l’on n’a pas eu la chance de trouver,
d’accéder à un emploi, alors il n’est pas question
d’assurance maladie, de revenu de subsistance, de retraite… Comme
si seul le travail participait au bien être collectif, comme si chacun
avait le choix et l’égal accès à ce fameux « travail »,
comme si ceux qui en étaient dépourvus avaient sciemment choisi
cette situation pour « profiter » du système.
Socialement, économiquement, le chômage se révèle
dramatique pour ceux qui perdent leur emploi. « Dans une société qui
a fait du travail sa norme et son mythe, la source du revenu, de l’identité et
du contact des individus, comment ne pas être convaincu que l’absence
de travail équivaut à une sorte de mort sociale qui se traduit
non seulement par une baisse du revenu disponible mais aussi par le sentiment
de son inutilité sociale, de son incapacité, par le désœuvrement,
par l’absence d’estime de soi » (Dominique Méda).
Relativiser l’obligation de croissance, tempérer l’appétit
de consommation, soustraire le travail rémunéré aux injonctions
du profit, réduire l’espace qui lui est réservé,
s’ouvrir à la gratuité, tous ces éléments
devraient permettre une société plus apaisée. Ils devraient
permettre une société plus ouverte, respectueuse de la pluralité des
activités humaines par lesquelles les êtres humains trouvent la
réalisation d’eux-mêmes au travers d’un lien social
enrichi. Remettre le travail à sa vraie place, resituer ses objectifs,
inventer pour lui un cadre humain, c’est donner accès à l’homme à un
espace de créativité, à une temporalité plus heureuse.
3.4. De nouveaux indicateurs de richesse
« Les
concepts et les mesures de la croissance, de la productivité et
du pouvoir d’achat, ne veulent pratiquement plus rien dire dans
les activités en passe de devenir majoritaires dans l’emploi
des pays développés : l’éducation, la santé,
l’action sociale, les services, les administrations publiques,
les conseils aux entreprises ou aux particuliers, la recherche, les banques…Ces
concepts, hérités du modèle dit « fordiste » de
la grande industrie ou de l’agriculture à grande échelle,
sont aujourd’hui largement dépassés » (Jean
Gadrey).
Aujourd’hui le calcul de la croissance repose sur le produit intérieur
brut, le fameux PIB, c’est à dire la valeur marchande créée
par l’économie lorsqu’elle produit tous les biens et services
qui se vendent dans un pays pendant une année. On ajoute ensuite à cette
valeur marchande l’essentiel des « coûts de production » des
services non marchands des administrations publiques. Ce n’est pas la
valeur de ces services si tant est qu’on puisse la mesurer, qui est intégré au
PIB mais leur coût (ex : pour le PIB, la valeur créé par
un hôpital se mesure essentiellement aux salaires des fonctionnaires
mais pas à l’importance du service rendu). Le PIB est donc une
richesse purement économique et monétaire. Avec ce mode de calcul,
les réparations des catastrophes naturelles et humaines, le traitement
de déchets excessifs, les dépenses liées à la dégradation
des conditions de vie et de travail… font progresser le PIB. Non seulement
on ne tient pas compte des pertes de patrimoine naturel, mais on comptabilise
sa destruction organisée telle que l’extraction des matières
premières par exemple. Mais encore de nombreuses activités et
ressources qui contribuent au bien-être, comme le bénévolat,
le travail domestique, les activités culturelles ou encore l’éducation
populaire, ne sont pas prises en compte.
Le PIB n’a pas été conçu pour être un indicateur
de bien-être, mais son instrumentalisation politique a fait croire qu’il
en était un. Pourtant le décalage entre le PIB et les indicateurs
de santé sociale ou de qualité environnementale devient flagrant.
Nous devons chausser d’autres lunettes que celles du PIB et combattre
son caractère et son utilisation impérialiste.
Il existe plusieurs dizaines d’indicateurs alternatifs et il serait illusoire,
voire dangereux de guider une politique avec un seul indicateur figé,
censé définir dans l’absolu le niveau du bonheur collectif
sur terre. C’est leur complémentarité qui donne une vision
plus large du niveau de richesse d’une société.
Ce n’est pas à une minorité d’experts de définir
et quantifier cette notion complexe, capable d’évoluer dans le
temps, dans l’espace et variant selon les différentes cultures
humaines. La démarche comporte nécessairement une part d’appréciation
subjective dans le choix des indicateurs retenus ainsi que dans le poids accordé à chacun
d’eux : comment additionner par exemple des taux de chômage et
des inégalités de revenus, des expulsions et des nombres de français
soumis à l’ISF ?
On doit néanmoins exiger la publication régulière et comparative
d’indicateurs mesurant des richesses autres que purement économiques.
Parmi ceux ci, Utopia en retient cinq principaux :
L’Indicateur de Développement Humain (IDH) qui complète
le PIB par des indicateurs de santé et d’éducation.
L’Indice de Santé Sociale (ISS) qui intègre notamment,
outre la santé et l’éducation, des critères de pauvreté,
d’inégalités et d’accidents.
L’empreinte écologique qui reflète le degré d’utilisation
de la nature par l’Homme.
Le PIB Vert qui corrigent le PIB en déduisant les coûts des dommages
environnementaux et sociaux.
Le Baromètre des Inégalités et de la Pauvreté (PIB
40), seul indicateur synthétique, alternatif digne de ce nom disponible
en France qui intègrent 60 critères sociaux différents.
Comment ces indicateurs peuvent ils être utilisés ?
« Il
faut absolument nous doter des instruments nous permettant de réintégrer
dans les décisions publiques et privées des éléments
ou des activités qui comptent actuellement pour rien dans le PIB….
C’est toute notre notion de richesse sociale qu’il nous faut
donc reconsidérer » (Dominique Méda).
L’objectif est bien de mettre des indicateurs de ce type au service du
développement humain et écologique. Ils ont vocation à être
produits à la fois au niveau local, régional, national, européen
et mondial afin d’être débattus.
Il faudrait les publier annuellement, en même temps que les comptes de
la nation et les présenter au Parlement et dans les collectivités
territoriales avec la même solennité. Ces indicateurs fourniraient
ainsi l’occasion aux pouvoirs politiques d’alimenter le débat
public sur le sens du développement et ainsi de déterminer les
mesures à mettre en œuvre.
Rien ne se prête actuellement à un large débat public sur
le sens du progrès, et sur celui des politiques économiques.
Un tableau de bord pourrait reprendre des indicateurs de ce type pour servir
de boussole à la mise en oeuvre d’un projet de société visant à l’amélioration
du bien-être individuel et collectif.
Enfin, il est essentiel de promouvoir aussi ce que de nombreux militants associatifs
appellent la comptabilité du 21ème siècle, c’est-à-dire
une comptabilité adaptée aux enjeux de notre temps, mesurant
de manière différente la richesse. Comptes économiques,
sociaux et environnementaux sont indissociables.
4. Conclusion : Réinventer la politique
« Mais Alors dit Alice, si le monde n’a aucun sens, qui nous empêche
d’en inventer un ? » (Lewis Caroll).
La crise sociale et écologique nous entraîne dans une mission
redoutable mais exaltante. Une mission qui demandera à notre génération
de réinventer la politique et de construire un monde permettant à chacun
de se réaliser individuellement et collectivement. Une mission qui devra
repenser le social dans le cadre de l’écologie et l’écologie
dans sa dimension sociale et politique. Une mission qui devra déconstruire
l’idéologie productiviste dominante et réconcilier le global
et le local. Une mission qui redéfinira ce qu’est la richesse
pour une société et pour un individu, et traduira en actes et
en propositions nos convictions et notre enthousiasme.
En ce début de siècle, le capitalisme productiviste et financier
est condamné. Pourtant sa bonne santé apparente est spectaculaire
et insolente. Il règne en maître sur la production des produits
et services, sur la diffusion d’une culture mondialisée et a réussi à déconnecter
le monde financier de l’économie réelle. Pourtant, des
signes annonciateurs de sa fin commencent à apparaître : épuisement
des ressources naturelles, dérèglement climatique, montée
en puissance des inégalités, dégradation des conditions
de vie sur terre, pollutions de l’eau, de l’air et du sol, replis
communautaires et religieux.
Reprendre le combat des idées et du projet de société,
lutter contre l’idéologie dominante pour laquelle croissance matérielle, épanouissement
par la consommation et centralité de la valeur travail est l’horizon
indépassable : voilà le socle, l’accord minimum qui permet à tous
ceux qui partagent ce constat de nous rejoindre pour construire les fondations
d’un alterdéveloppement.
Le 21ème siècle devra être social, écologique et
convivial ou sera celui des catastrophes naturelles et humaines.
Oui, une autre manière d’imaginer, de penser et de faire de la
politique est possible. Sur le fond et sur la forme, on ne peut vouloir une
autre politique en la faisant comme avant.
S’il semble plus nécessaire que jamais de réinventer un
nouvel idéal, il faut aussi être capable de le porter concrètement.
C’est ce que nous faisons sur la base d’orientations qui nous situe
bien souvent à contre courant des idées reçues, y compris à gauche.
A travers notre approche du socialisme, de l’écologie, à travers
notre vision alter mondialiste et notre conception élargie des droits
fondamentaux, nous exposons dans un livre, notre projet de société en
avançant, thème par thème, orientations et propositions
concrètes :
Manifeste UTOPIA, ouvrage collectif, édition Parangon, disponible en
libraire depuis juin 2008.
Nous sommes et resterons certainement encore quelques temps minoritaires. Mais
ce sont toujours les minorités qui arrivent à faire bouger les
choses. Tous les grands changements ont eu comme catalyseur un groupe d’individus
capables de cristalliser les attentes, de construire les rapports de force,
de proposer un nouveau projet de société. Nous voulons, avec
d’autres, être de ceux là.
La mise en cause du productivisme et la construction, non d’alternances,
mais d’alternatives susceptibles à terme d’entraîner
l’adhésion du plus grand nombre est notre impératif et
notre urgence.
Et l’urgence, c’est aujourd’hui, ensemble.
5. UTOPIA, une démarche politique globale
L’équation est simple : Comment faire avancer notre corpus politique
de façon la plus efficace possible ?
A travers les partis politiques
Avec
toutes leurs insuffisances et leurs lourdeurs, les partis politiques
sont aujourd’hui les instruments privilégiés de notre
démocratie. Au niveau local comme au niveau national, ils définissent
une ligne politique, désignent des dirigeants et - théoriquement
- mettent en œuvre des programmes électoraux. Nous considérons
donc les partis comme des outils incontournables qu’il faut investir
et au sein desquels il faut peser pour faire progresser nos idées.
Aujourd’hui présents au PS (où nous avons déposé des
motions en 2003 et en 2005) et chez les Verts (où nous avons déposé une
contribution au débat dans le cadre du congrès de Bordeaux),
nous avons l’ambition de bousculer la segmentation traditionnelle entre
les partis de gauche en nous positionnant sur le fond et non sur les questions
de personnes.
Pour ce faire, nous souhaitons défendre, toujours plus largement, les
mêmes orientations élaborées collectivement au sein d’Utopia
par des militants issus de ces partis, mais également du mouvement social,
associatif et altermondialiste.
A travers un cycle de conférences
Le
cycle de conférences que nous organisons à Paris et en
province permet un débat entre intellectuels et politiques (http//:utopiaconf.free.fr).
Il répond à une double exigence : d’une part, la
nécessité pour Utopia de poursuivre sa réflexion
de fond et de l’enrichir sans relâche sur de nombreux thèmes
; d’autre part la possibilité de créer un espace
public sur des thèmes identifiés qui touche des publics
peu familiers du monde politique à s'intéresser à la
chose publique, aux problématiques économiques, et surtout
d'appréhender des logiques différentes de la logique dominante.
La réussite de ces conférences montre à quel point il
est devenu impératif pour les organisations politiques traditionnelles
de revisiter leur rapport au militantisme.
A travers des partenariats avec des cinémas indépendants
Grâce
au réseau de cinémas indépendants Utopia (créé bien
avant notre mouvement) et d’autres cinémas indépendants,
nous organisons, sur tout le territoire national, des projections débats
avec, lorsque c’est possible, la participation des réalisateurs.
Cette démarche permet le débat autour des axes de réflexion
et des thèmes développés dans le film.
Il s’agit de faire de la politique autrement, au plus près des
citoyens, échanger, susciter la réflexion, tenter de faire connaître
nos positions, amener chacun à développer son rôle de citoyen,
notamment dans le champ associatif ou politique.
A travers des liens forts avec le monde intellectuel
Utopia,
pour approfondir sa réflexion, tisse des liens privilégiés
avec de nombreux intellectuels engagés. Nous avons lancé à l’automne
2007 un Comité Scientifique qui réunit des chercheurs de
toutes disciplines prêts à discuter avec nous de notre approche
et de notre ligne politique.
Par ailleurs, partenaire du CEPN (Centre d’Economie de l’Université Paris
Nord, Unité de recherche du CNRS), Utopia souhaite créer une
véritable synergie avec le monde universitaire. Cette ambition s’est également
concrétisée à travers un partenariat avec le mensuel Alternatives
Economiques qui relaye nos conférences et participe à certains
de nos débats.
A travers une internationalisation de notre mouvement
Présent
lors du dernier Forum Social Européen (Athènes en 2006,
Malmö en 2008), Utopia est en contact avec de nombreux responsables
et militants européens partageant son ambition.
L’objectif d’Utopia est bien de créer un réseau international
avec toutes les associations, mouvements, partis politiques, syndicats ou citoyens
du monde se reconnaissant dans sa démarche. D’ores et déjà,
nous avons des relais en Uruguay, Allemagne, Algérie, Italie, Belgique,
Hongrie et Grèce. Il ne s’agit que d’un début…